PUBLIÉ LE 31 July 2026
J'ai tué une cellule 18650 avant de comprendre qu'un boîtier à 5 € faisait tout le boulot
# J'ai tué une cellule 18650 avant de comprendre qu'un boîtier à 5 € faisait tout le boulot
Le laptop traînait depuis des mois. Plus de RAM, plus de disque dur — je lui avais retiré ses organes un par un pour d'autres machines. Il ne restait qu'une carcasse et, dessous, une batterie que personne n'avait pensé à démonter.
C'est là que je me suis rendu compte de ce que je jetais : **41,6 Wh**. L'équivalent d'une batterie externe du commerce, en train de dormir dans un truc mort.

*Le kit fini. 5 € de boîtier, et quatre cellules qui avaient déjà une vie derrière elles.*
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## Ce qu'il y a réellement dans un pack de laptop
Ouvre n'importe quelle batterie de portable et tu tombes sur des **18650** : des cellules cylindriques standard, les mêmes qu'on trouve dans les vapes, les trottinettes et les Tesla. Rien d'exotique.
La mienne annonçait `14,8 V — 2800 mAh`. Ces deux chiffres racontent toute l'histoire du montage, et presque personne ne sait les lire.
**14,8 V**, c'est quatre cellules **en série**. Une cellule Li-ion fait 3,7 V nominal ; quatre bout à bout font 14,8 V. C'est le standard de l'industrie, on appelle ça un pack 4S.
**2800 mAh**, c'est la capacité de l'ensemble à cette tension. Et c'est là que ça devient intéressant.
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## Le tour de passe-passe des mAh
Pour alimenter une prise USB, il faut du 5 V, et les modules qui font ça attendent du 3,7 V en entrée — une seule cellule, pas quatre en série. Donc j'ai débranché les cellules de leur montage en série pour les remettre **en parallèle**.
Et voilà ce qui se passe :
```
Départ (4 en série) : 14,8 V × 2 800 mAh = 41,6 Wh
Arrivée (4 en parallèle): 3,7 V × 11 200 mAh = 41,6 Wh
```
**Les mêmes cellules. La même énergie. Seul le câblage change.**
Mon « 2800 mAh » est devenu « 11 200 mAh » sans que j'aie ajouté un seul électron. C'est purement de l'arithmétique : en divisant la tension par 4, on multiplie les mAh par 4.
Retiens ça la prochaine fois que tu compares deux batteries externes : **un chiffre en mAh ne veut strictement rien dire sans la tension à laquelle il est mesuré.** C'est exactement le levier qu'utilisent les fiches produit pour t'annoncer des nombres à cinq chiffres. La seule unité honnête, c'est le **Wh**.
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## Le démontage (fais ce que je dis, pas ce que j'ai fait)
J'ai ouvert le pack délicatement.
C'est faux. J'y suis allé au couteau et au tournevis plat.
Et j'ai eu de la chance, parce que c'est la seule vraie connerie de tout ce projet. **Une 18650 percée ne prévient pas.** Pas d'étincelle, pas d'odeur, pas de compte à rebours : c'est l'emballement thermique immédiat, dans tes mains, avec des vapeurs toxiques au passage. La coque plastique d'un pack est collée, pas vissée — donc oui, il faut forcer, mais avec un outil qui ne coupe pas et en travaillant sur les bords, jamais au-dessus des cellules.
J'ai aussi séparé les cellules sans dessouder les languettes métalliques qui les relient : je les ai arrachées. Là encore, ça passe ou ça casse — une languette qui plie et touche le mauvais pôle, c'est un court-circuit franc.
Si tu refais ça : le plastique, pas les cellules. Et pas de lame.
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## La question que je me suis posée (et ma réponse à moitié juste)
Avant de mettre les quatre cellules en parallèle, je me suis demandé si c'était safe.
Le raisonnement du danger est le suivant : quand on relie deux cellules en parallèle, leurs tensions s'égalisent instantanément. Si l'une est à 4,1 V et l'autre à 3,2 V, la première se vide dans la seconde, et rien ne limite ce courant sauf la résistance interne — quelques ampères, parfois dix. Ça chauffe, ça abîme, et dans le pire des cas ça part en fumée.
Ma réponse : **le laptop affichait 1 % de batterie**, donc les cellules étaient forcément toutes vides, donc toutes à la même tension. Safe.
C'est à moitié vrai. Un pack qui vient de se décharger normalement a été géré par son BMS, qui équilibre les cellules — il y a de bonnes chances qu'elles soient proches. Ce n'était pas de la roulette russe.
Mais le trou dans le raisonnement est réel, et je le donne parce qu'il peut coûter cher à quelqu'un d'autre : **le 1 %, c'est la mesure du pack entier, pas des cellules.** En série, le BMS coupe quand **la plus faible** atteint son plancher — pas quand elles sont toutes vides. Un pack peut donc afficher 1 % avec trois cellules encore à 3,6 V et la quatrième à 2,8 V.
Et c'est exactement le profil d'une batterie qu'on met à la poubelle : si elle est morte, c'est en général **parce qu'**une cellule a décroché. Le 1 % ne prouve pas l'équilibre. Il peut même en être le symptôme inverse.
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## V1 : le montage qui a tué une cellule
Ma première version n'avait rien à voir avec le résultat final. J'ai bricolé avec ce que j'avais en stock :
- un **chargeur 12 V**, sans BMS, pour recharger le pack
- une **prise allume-cigare vers USB 5 V** pour la sortie
Ça a marché. Et ça a tué une cellule.
Ce n'est pas de la malchance, c'est le comportement attendu, et l'arithmétique est brutale : quatre cellules en parallèle, c'est **3,7 V nominal et 4,2 V à pleine charge**. Un chargeur 12 V là-dessus, ce n'est pas « un peu trop » — c'est presque **trois fois la tension de fin de charge**.
Et sans BMS, il n'y a rien pour dire stop. Aucune coupure, aucune surveillance. On pousse jusqu'à ce que la cellule la plus faible lâche. Elle a lâché.
C'est là que tout le projet a basculé : je n'avais pas besoin d'un montage plus malin, j'avais besoin d'arrêter d'en faire un.
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## V2 : le boîtier à 5 €
La solution tient en un objet : un **boîtier 18650 tout fait**, [celui-ci sur AliExpress](https://fr.aliexpress.com/item/1005007659298542.html), pour environ **5 €**.
On y glisse les cellules, des contacts à ressort les tiennent, et tout le reste est déjà dedans : la mise en parallèle, la protection, le circuit de charge, la sortie USB.
- **Zéro soudure.** Pas de fer, pas de soudeuse par points.
- **Zéro BMS à choisir.** Il est intégré, et il fait ce que mon chargeur 12 V ne faisait pas : il coupe.
- **Zéro calcul.** Le boîtier gère la tension, tu poses les cellules.
Toute mon ingéniosité de la V1 — le chargeur détourné, l'allume-cigare — a coûté une cellule. Le truc à 5 € fait mieux, en mieux, et sans risque.
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## Épilogue : je n'arrive plus à l'ouvrir
Petite ironie pour finir. En préparant cet article, j'ai voulu rouvrir le boîtier pour photographier les cellules et vérifier combien il en restait.
Impossible. Il est parfaitement clipsé.
Le pack de laptop d'origine, collé en usine, je l'ai ouvert en quelques minutes au couteau. Mon boîtier à 5 €, conçu pour être ouvert, me résiste. Et cette fois je ne force pas : je viens d'écrire mille mots sur ce qui arrive quand on attaque un boîtier plein de Li-ion à la lame, ce serait ballot d'écrire la suite en vrai.
C'est aussi la meilleure démonstration de ce que raconte ce papier : **je m'en sers, et je n'ai plus besoin d'y toucher.** C'est exactement ce qu'on attend d'une batterie externe. La V1, elle, demandait ma surveillance — et l'a payée.
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## Le seul outil vraiment indispensable coûte 10 €
Si tu ne retiens qu'une chose de ce papier : **achète un multimètre.**
Pas une soudeuse par points à 80 €. Pas un chargeur de labo. Un multimètre à 10 €.
Il te permet de faire les deux seules mesures qui comptent avant de brancher quoi que ce soit :
1. **Vérifier que les cellules sont à la même tension** (à 0,05 V près) avant de les mettre en parallèle. C'est le geste que j'ai sauté en pariant sur le 1 %.
2. **Vérifier qu'aucune n'est sous 2,5 V.** Une cellule descendue trop bas ne se recharge pas : la décharge profonde crée des ponts de cuivre internes, et à la recharge, c'est le court-circuit interne. Un pack oublié depuis des années est précisément dans cet état.
Moi je n'avais ni multimètre ni rien. J'ai eu de la chance sur le premier point. J'ai payé le second.
Et une règle qui ne se négocie pas, celle-là sans instrument : **une cellule gonflée part au recyclage.** Pas dans le boîtier. Le bombement, c'est du gaz produit par la décomposition de l'électrolyte — la cellule est déjà en train de mourir, elle est juste polie sur le timing.
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## Ça vaut le coup ?
Financièrement, non, et autant l'assumer : une batterie externe 10 000 mAh neuve coûte 15 à 25 €. Entre le boîtier, le multimètre qu'il faut acheter et le temps passé, tu ne gagnes rien.
Ce que tu gagnes est ailleurs :
**Tu ne jettes pas 41,6 Wh** de cellules parfaitement fonctionnelles avec une carcasse morte. Un pack de laptop « HS » l'est rarement uniformément — c'est souvent une cellule qui a entraîné les autres.
**Tu ressors avec des 18650 à toi**, réutilisables ailleurs. C'est le vrai bénéfice caché : ces cellules-là finiront dans d'autres montages.
**Et tu comprends enfin les mAh.** Après avoir vu 2800 devenir 11 200 sans rien ajouter, tu ne regardes plus jamais une fiche produit de la même façon.
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*Ce montage manipule des cellules Li-ion récupérées. Une cellule percée, court-circuitée, gonflée ou rechargée depuis une décharge profonde peut prendre feu. Je raconte ce que j'ai fait, y compris ce que j'ai mal fait — ce n'est pas un mode d'emploi à reproduire à l'identique.*
